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Amazon, l'envers du décor

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Le génial patron d’Amazon », « le roi du monde ». La presse ne manque pas de superlatifs pour décrire Jeff Bezos. Pourtant, le fondateur d’Amazon a également reçu le titre de « Pire patron au monde » de la part de la  Confédération syndicale internationale. Mais que se cache-t-il dans ses entrepôts ? A travers le témoignage, très rare, d’un employé du géant américain, il est temps de (faire) réfléchir aux impacts de notre type de consommation qui voudrait qu'on soit livré partout en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.Jean-François Bérot travaille chez Amazon depuis 2011. Il exerce à Saran,  près d’Orléans, dans l’un quatre centres d’expédition français du site de vente en ligne. Théoriquement, les employés d’Amazon n’ont pas le droit de parler à la presse de leur travail. Il y a une clause dans notre contrat  explique Jean-François. Mais je ne considère pas ça légal et puis je ne révèle pas de secret industriel.

Il est aussi protégé par son statut de représentant du personnel, via le syndicat SUD-Solidaires. Avant, il était dans l’animation socio-culturelle. Je ne trouvais plus de temps plein. Au bout d’un moment, il faut bien payer les factures. Dans la région, il n’y a quasiment pas de boîte qui embauche les employés non qualifiés.

Comme Amazon est le seul à recruter, on n’a pas le choix.  Jean-François débute alors comme intérimaire pour le rush des fêtes de fin d’année, avant de signer un CDI. Dans son entrepôt, les employés effectuent plusieurs tâches, réception, emballage, expédition...

Ce n’est pas le cas forcément ailleurs où les employés peuvent être monotâche, ce qui engendre une lassitude physique et morale.

On plie les genoux 500 fois par jour

Parmi les fonctions les plus éprouvantes, le « picking » consiste à aller chercher des articles dans les kilomètres de rayons de l’entrepôt avant de les conditionner. Le picking c’est 100 à 150 articles par heure. Étant donné qu’un des enjeux d’Amazon réside en la capacité de stockage, ils positionnent de plus en plus d’articles au sol. Normalement, c’est réservé aux colis qui ne tiennent pas debout. C’est un détournement de l’utilisation initiale.

Sur les 7 heures de travail, on va plier les genoux 500 fois. Rien que depuis le mois de janvier, on a eu 100 accidents de travail.  La répétition des gestes provoque une usure physique. Après trois ans, on a très souvent des problèmes de dos, d’articulations, ça entraîne des arrêts de travail plus ou moins longs. Et après, on ne revient jamais à 100 %. Une tendinite, par exemple, ça ne guérit pas comme ça.  Malgré tout, les employés sont tenus de respecter leurs objectifs de productivité horaire. Chez Amazon, tout est calculé. Cela entraîne un fort taux de départ. Rares sont ceux, qui tiennent plusieurs années. 

En France, le salaire de base chez Amazon est de 1 600 € brut. Mais une nouvelle grille salariale va entrer en fonction. Ce sera 1 500 € à l’embauche et le salaire maximum, obtenu après 24 mois d’ancienneté à 1 670 €.  Avec des conditions de travail difficiles, les salariés ont tendance à perdre rapidement leur motivation. Amazon a donc peu intérêt à ce que ceux-ci restent longtemps dans l’entreprise, d’où l’hypothèse d’une si faible prime d’ancienneté. Dans un département où le chômage atteint 13 % selon l’INSEE, l’entreprise ne peine de toute façon pas à recruter.

Infantilisation des travailleurs

On nous explique qu’il faut baisser les salaires pour s’harmoniser au reste de l’Europe. Que dans les sites Amazon en Pologne, on travaille 10 h par jour, sans se plaindre. Et je ne parle pas de l’Inde où c’est 255 dollars. La culture d’entreprise, érigée sous la bannière « Work hard, have fun, make history  » peut également avoir une forte tendance à  l’infantilisation des travailleurs.

Régulièrement, on leur propose de venir tous habillés d’une couleur, ou pour certaines fêtes comme Halloween, de se déguiser. En juin, Jeff Bezos le patron d’Amazon demandait aux internautes sur Twitter ce qu’il pouvait bien faire de sa fortune. Jean-François a son idée sur la  question : Bezos s’il est numéro 1 au niveau fortune, il devrait être numéro 1 au niveau social. Il a 350 000 salariés. Il y a sans doute moyen avec autant d’argent de travailler vite et bien plutôt que vite et mal et payer ses employés décemment, ça tirerait les économies de ces pays vers le haut.

https://www.financite.be/sites/default/files/references/files/financite_magazine_47_web_doubles.pdf

Antoine Attout 0
expert
Coordinateur de la cellule Participation citoyenne et éducation financière au Réseau Financité depuis 2009, son domaine d'expertise est l'éducation financière et la mise sur pied de formations et d'activités de sensibilisation vers divers publics. Il a par ailleurs animé une centaine d’activités dans les écoles secondaires en Belgique francophone, mais également formé de nombreux enseignants à intégrer dans leurs pratiques des éléments d'éducation à la consommation responsable à travers des outils pédagogiques innovants.
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